Sahara marocain / Quand Rabat transforme un soutien diplomatique en levier géoéconomique transatlantique
La visite de travail à Rabat de Gabriela Sommerfeld, ministre des Relations extérieures et de la Mobilité humaine de la République de l’Équateur, et sa rencontre avec Nasser Bourita ne relèvent pas d’un simple exercice protocolaire. Elles consacrent une évolution stratégique : la consolidation d’un axe Rabat–Quito où la question du Sahara s’articule désormais à une ambition économique structurée.
En réaffirmant son appui à l’initiative marocaine d’autonomie de 2007, qualifiée de « seule solution sérieuse, crédible et réaliste », et en saluant la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité, l’Équateur dépasse le registre déclaratif. L’extension annoncée de sa couverture consulaire au Sahara marocain constitue un signal politique fort : elle inscrit ce soutien dans une logique d’effectivité diplomatique conforme au droit international.
Mais l’angle véritablement novateur réside ailleurs : dans la projection géoéconomique que cette convergence politique autorise. Selon la synthèse officielle de la rencontre, Quito manifeste un intérêt explicite pour l’expertise marocaine en gestion portuaire, sécurité logistique et infrastructures. Pour un pays andin tourné vers le Pacifique, cette coopération ouvre une perspective triangulaire Afrique–Amérique latine fondée sur les chaînes de valeur, la connectivité maritime et les corridors commerciaux.

Le Sahara devient ainsi, dans la matrice diplomatique marocaine, non seulement un dossier politique, mais une plateforme de projection vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. L’intérêt équatorien pour les énergies renouvelables, la transition énergétique et la décarbonation s’inscrit dans cette dynamique. Les provinces du Sud, au cœur des stratégies marocaines en matière d’énergies propres et d’infrastructures portuaires atlantiques, apparaissent comme un hub potentiel pour des partenariats Sud–Sud à haute intensité technologique.

L’annonce d’une prochaine visite de l’ambassadeur équatorien dans la région du Sahara afin de préparer des initiatives économiques confirme cette inflexion pragmatique. De même, l’ouverture prochaine d’une nouvelle ambassade du Maroc en Équateur renforce l’architecture institutionnelle de ce rapprochement.
En consolidant des appuis latino-américains sur le Sahara tout en y arrimant des perspectives d’investissement et de commerce, Rabat démontre une constante de sa diplomatie contemporaine : transformer la reconnaissance politique en capital stratégique. L’axe Maroc–Équateur illustre ainsi une diplomatie d’influence devenue diplomatie d’intégration.
Samirat NTIAZE, à RABAT








