COP 17 de la biodiversité : la « Voie d’Erevan » adoptée pour sauver le plan mondial de préservation de la nature
Face à l’urgence environnementale et aux retards accumulés dans la protection du vivant, la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité de 2026 (COP 17) s’est achevée sur un accord décisif.
Les pays membres de la Convention sur la diversité biologique (CDB) ont adopté un ensemble complet de près de 50 décisions opérationnelles et scientifiques, dont la pièce maîtresse, baptisée la « Voie d’Erevan » (Yerevan Pathway), vise à accélérer l’action mondiale en faveur de la nature d’ici 2030.
Cette feuille de route stratégique intervient à un moment critique : le premier bilan collectif mondial, appuyé par le rapport sur l’état de l’action pour la biodiversité (State of Biodiversity Action), a révélé que la trajectoire internationale actuelle ne permettra pas d’atteindre les 23 objectifs fixés lors du Cadre mondial de Kunming-Montréal (KMGBF).
Un cap renforcé face au retard mondial
La « Voie d’Erevan » dresse un constat lucide des faiblesses actuelles et fixe les priorités absolues pour la fin de la décennie. Le texte s’attaque de front aux freins majeurs de la transition : la suppression progressive des subventions économiques néfastes à la nature, l’augmentation du soutien financier, scientifique et technique aux pays en développement, et l’alignement impératif des budgets nationaux sur la préservation des écosystèmes.
« Au cours de ces deux semaines, nous avons démontré qu’il est possible de surmonter les divergences, de transformer des engagements en décisions et de faire en sorte que la coopération porte ses fruits », a affirmé Hambardzum Matevosyan, président de la COP 17, saluant une réponse concertée aux défis climatiques et écologiques actuels.

Au-delà de cette orientation générale, la conférence a abouti à des avancées sur des thématiques clés comme les aires protégées, la biodiversité forestière, les espèces envahissantes, la biologie de synthèse et la biodiversité marine. De plus, l’adoption des « Lignes directrices de Sevan » définit enfin les règles de fonctionnement du nouvel organe subsidiaire permanent dédié à l’article 8(j), garantissant un rôle accru aux peuples autochtones et aux communautés locales dans les instances décisionnelles.
Près de 2 milliards de dollars mobilisés
Sur le plan financier, la conférence a généré près de 2 milliards de dollars d’annonces de financements nouveaux pour combler le déficit de ressources :
- 560 millions de dollars alloués dans le cadre du Fonds pour l’environnement mondial (FEM-9) et du Fonds pour le Cadre mondial pour la biodiversité.
- 500 millions de dollars engagés par l’Alliance pour le rétablissement des espèces (Species Recovery Alliance).
- 330 millions de dollars issus du Value Nature Fund, une initiative destinée à attirer les investissements privés vers les services écosystémiques.
D’autres leviers financiers et juridiques ont été lancés, notamment la création d’une obligation liée à la biodiversité par la Banque asiatique de développement, des travaux de réforme des incitations destructrices et la proposition d’un modèle de loi-cadre sur les forêts.
Le défi de la mise en œuvre nationale
Malgré ces avancées, la réussite de la COP 17 dépendra entièrement de la volonté politique des États une fois les projecteurs éteints.
« Nous ne pouvons pas protéger la nature tout en continuant à financer sa destruction », a rappelé avec fermeté Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la CDB. « En fin de compte, le véritable test ne réside pas dans ce que les gouvernements ont convenu à Erevan, mais dans les changements qu’ils opéreront une fois rentrés chez eux. »
Alors que s’ouvrent quatre années cruciales d’accélération, la « Voie d’Erevan » constitue le dernier levier collectif pour aligner la gouvernance mondiale de la biodiversité sur la réalité du terrain.
Wilfrid DIANKABAKANA








