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March 28, 2026
POLITIQUE

Malabo 2026 : l’OEACP face à l’urgence financière et au défi de sa refondation stratégique

  • mars 27, 2026
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Malabo 2026 : l’OEACP face à l’urgence financière et au défi de sa refondation stratégique

La session extraordinaire du Conseil des ministres de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Organisation of African, Caribbean and Pacific States) s’est tenue le 27 mars 2026 dans la salle principale du Centre de conférence de Sipopo, à Malabo.

Officiellement consacrée à la préparation technique du 11e Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement, la réunion a rapidement pris une dimension plus profonde : celle d’un débat existentiel sur la survie financière, la crédibilité politique et l’avenir stratégique de l’organisation. Derrière l’adoption de l’ordre du jour et l’examen des documents préparatoires, un constat s’est imposé : l’OEACP traverse un moment critique de son histoire. L’organisation fragilisée par la crise de financement. Le ton a été donné dès les premières interventions. En sa qualité de Président du Conseil des ministres de l’OEACP, S.E. L’Honorable Seedy K.M. Keita, Ministre des Finances et des Affaires économiques de la République de Gambie, a rappelé la nécessité pour l’organisation « d’élaborer un cadre de lutte contre l’évasion financière et les flux financiers illicites ».

Cette déclaration n’est pas anodine. Elle intervient alors que plusieurs États membres figurent sur la liste noire du GAFI, ce qui fragilise leur crédibilité financière internationale et limite l’accès aux financements concessionnels.

Mais la question centrale de la journée fut sans conteste celle de la trésorerie interne de l’organisation. Le représentant du Zimbabwe a souligné « une baisse considérable de la contribution des États au fonctionnement de l’OEACP », révélant un affaiblissement structurel des ressources propres.

La préoccupation a été reprise avec gravité par Simeón Oyono Esono Angue, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Diaspora de la Guinée équatoriale :

« Comment trouver les moyens d’apporter des financements à notre organisation ? » Avant d’ajouter sans détour : « Sans argent, il nous sera difficile de fonctionner. »

L’analyse est claire : la dépendance historique vis-à-vis de l’Union européenne s’est érodée. « Nous devons trouver de nouveaux partenariats… nous devons sortir d’ici avec une solution », a insisté le chef de la diplomatie équato-guinéenne, évoquant même la nécessité d’ouvrir une réflexion sur le siège de l’organisation : « Il nous faut mener une réflexion profonde tant il nous faut quitter Bruxelles qui nous coûte si cher. »

La dimension existentielle de la crise a été explicitement formulée par Thuli Dladla, Ministre des Affaires étrangères du Royaume d’Eswatini : « La situation financière de l’OEACP est un enjeu majeur pour l’existence de notre organisation. »

Dans la même veine, Eshete Tilahum Woldeyes, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d’Éthiopie auprès du Benelux, a levé le voile sur une réalité préoccupante :

« Nous avons besoin de rendre notre Secrétariat pleinement opérationnel… de nombreux salaires n’ont pas été payés. »

L’OEACP n’est donc pas seulement confrontée à un débat budgétaire, mais à une crise de fonctionnement.

L’enjeu de crédibilité politique et d’unité stratégique

Au-delà de la question financière, la session a mis en lumière un enjeu d’unité politique.

Le représentant du Zimbabwe a appelé à « garantir que le succès de cette session reflète la volonté et la vision de tous les membres », dans un contexte où son pays brigue un siège au Conseil de sécurité des Nations unies en 2026. Derrière cette déclaration se lit une volonté de repositionnement diplomatique et de consolidation de l’image internationale.

De son côté, le représentant du Mali, intervenant au nom des trois États de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso), a replacé le débat sur le terrain de la solidarité politique :

« Pour nous, aucun développement n’est possible sans la solidarité. »

Cette déclaration traduit une préoccupation plus large : celle de la marginalisation de certains États dans l’architecture économique et sécuritaire internationale. L’OEACP est-elle capable d’offrir un cadre de protection collective et d’influence coordonnée ? La question demeure ouverte.

Économie bleue, résilience et développement humain : les priorités émergentes

Si la crise financière domine les débats, certains États ont cherché à repositionner l’agenda sur des priorités stratégiques de long terme.

Pour les petits États insulaires, la question climatique et maritime reste centrale. Ilza Amado Vaz, Ministre d’État des Affaires étrangères, de la Coopération et des Communautés de São Tomé-et-Príncipe, a plaidé pour que : « l’OEACP mette au cœur de son agenda la question de l’économie bleue. »

Ce plaidoyer s’inscrit dans une logique de souveraineté maritime, de valorisation des ressources halieutiques et de résilience face aux chocs climatiques.

La ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de la Jamaïque, la sénatrice Kamina Johnson Smith, a élargi la réflexion à la place des 79 États dans l’économie mondiale :

« Quel est le poids de 79 États dans la résilience, le développement durable, les chaînes d’approvisionnement dans le commerce mondial ? »

Elle a rappelé que : « le développement humain doit être inscrit au cœur des préoccupations des États ACP. »

Ce déplacement du débat vers la résilience, les chaînes de valeur et le capital humain montre que l’OEACP est à la croisée des chemins : soit elle demeure une plateforme de dialogue, soit elle devient un instrument stratégique capable d’influencer les équilibres commerciaux mondiaux.

Malabo, moment de vérité

La session extraordinaire du Conseil des ministres, censée préparer techniquement le Sommet, s’est transformée en révélateur d’une organisation sous tension.

Entre crise de financement, interrogation sur le siège à Bruxelles, nécessité de diversification des partenariats, lutte contre les flux financiers illicites et volonté de repositionnement stratégique, l’OEACP fait face à un impératif de refondation.

La question n’est plus seulement administrative. Elle est géopolitique : comment transformer un ensemble de 79 États en un bloc cohérent, financièrement viable et stratégiquement audible ?

Malabo pourrait bien marquer le point d’inflexion. À condition que les chefs d’État, réunis dans les prochains jours, traduisent ces alertes ministérielles en décisions structurelles.

Sylvestre Tetchiada, à Malabo

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Valery FOUNGBE