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July 3, 2026
EDUCATION

Education des filles en Afrique: la PANCOGED 2 ouvre ses portes au Burundi

  • juillet 2, 2026
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Education des filles en Afrique: la PANCOGED 2 ouvre ses portes au Burundi

Sous le haut patronage du Président en exercice de l’Union africaine, la 2e Conférence panafricaine sur l’éducation des filles et des femmes lance un appel vibrant à l’action, entre hymnes nationaux, poésie engagée et plaidoyers de haut vol, du 2 au 4 juillet 2026, Bujumbura devient le théâtre d’une mobilisation continentale sans précédent, placée sous le thème : « Prioriser l’éducation des filles et des femmes : développer leurs compétences et accélérer les opportunités d’apprentissage et de formation ».

Cette plateforme biennale, institutionnalisée par la Commission de l’UA à travers son Centre international pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (AU CIEFFA), constitue le principal rendez-vous continental d’évaluation et d’accélération des engagements en faveur de l’éducation des filles et des femmes. Sa tenue au Burundi n’est pas anodine : le pays des Grands Lacs abrite, depuis le 14 février 2026, le Président en exercice de l’Union africaine, Son Excellence Évariste Ndayishimiye, qui a succédé au président angolais João Lourenço lors de la 39e Conférence des Chefs d’État à Addis-Abeba.

Un prélude poétique et symbolique

La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en deux séquences, chacune porteuse d’une symbolique forte. La première séquence, modérée par le Professeur Saïdou Madougou, Directeur du développement au Commissariat ESTI (Éducation, Science, Technologie et Innovation) de l’Union africaine, a débuté par l’exécution solennelle des hymnes du Burundi et de l’Union africaine. Le Professeur Madougou, physicien renommé de l’Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger) et récemment nommé Directeur du Département ESTI de la Commission de l’UA, a su imprimer à cette cérémonie une aura à la fois académique et chaleureuse.

Un moment d’exception a saisi l’assistance : la lecture d’un poème par Irwacu Gaby Eliona, jeune lycéenne burundaise. Vêtue d’une tenue traditionnelle reflétant l’ancrage culturel profond du pays des Grands Lacs, l’adolescente a donné voix à l’aspiration d’une génération entière. « L’éducation est le plus grand capital polyvalent (…) : J’incarne le rêve de ces filles », a-t-elle déclamé, avant de lancer un appel qui résonne comme un mantra : « Eduquez-moi, éduquez-nous, éduquez l’Afrique, Africa Educates her ! » Une projection vidéo montrant des enfants célébrant les vertus de l’éducation a précédé cette prestation, créant une atmosphère d’optimisme teintée d’urgence.

Des plaidoyers qui dressent l’état des lieux

La deuxième séquence, modérée par le Professeur Gaspard Banyankimbona, Commissaire ESTI à la Commission de l’Union africaine, a été le théâtre d’interventions percutantes. Le Commissaire Banyankimbona, biologiste de formation et ancien Secrétaire exécutif du Conseil interuniversitaire de l’Afrique de l’Est (IUCEA), a pris ses fonctions en octobre 2025 après son élection lors de la 47e session ordinaire du Conseil exécutif de l’UA. Burundais de naissance, il incarne le pont entre le pays hôte et les ambitions continentales.

Le Professeur François Havyarimana, ministre de l’Éducation nationale et de la recherche scientifique du Burundi, a ouvert le bal des interventions. Ancien recteur de l’Université du Burundi, le Dr Havyarimana a affirmé avec conviction : « L’éducation des filles permet de bâtir une société forte, résiliente et développée. » Il a également rappelé la détermination de son ministère : « Mon ministère est résolu à promouvoir l’éducation des jeunes et des filles (…) que nous encourageons à embrasser les filières scientifiques. »

En visioconférence depuis Addis-Abeba, Stian Christensen, ambassadeur de Norvège auprès de l’Union africaine, a livré une vérité qui a fait réfléchir l’assistance : « L’accès à l’éducation ne suffit plus. C’est ce que l’on en fait qui crée l’impact dans la société. » La Norvège, partenaire historique de l’UA dans les domaines de l’éducation des femmes et des enfants, de la paix et de la sécurité, maintient ainsi son engagement continental.

Mme Violet Kenyana Kakyomya, Coordonnatrice résidente du Système des Nations Unies au Burundi, n’a pas mâché ses mots. Cette Ougandaise de plus de vingt ans d’expérience dans le développement et l’humanitaire – précédemment Coordinatrice résidente au Tchad et à Madagascar – a rappelé que « l’éducation des femmes et des filles est un droit fondamental ». Pourtant, a-t-elle déploré, « beaucoup de nos enfants sont encore privés de ce droit à cause des grossesses précoces, de la sous-scolarisation, des changements climatiques, des déplacements liés aux conflits (…) ». Elle a plaidé pour une éducation ouvrant « des passerelles professionnelles», exigeant que « nous devons aligner les formations en adéquation avec le marché de l’emploi ». Selon elle, « investir dans l’éducation et l’employabilité, c’est investir dans la croissance ».

Babacar Sedikh Faye, directeur-pays du Groupe de la Banque mondiale pour le Burundi, a réitéré ce constat en des termes presque similaires : « L’accès à l’éducation à lui seul ne suffit pas. »

Nommé à ce poste en juillet 2025, ce juriste sénégalais a cité les projets SWEED (Sahel Women’s Empowerment and Demographic Dividend) et PAAF (Projet d’Apprentissage et d’Autonomisation des Filles) de la Banque mondiale comme des modèles à suivre pour « aider les filles à poursuivre leurs études, terminer leur parcours scolaire et accéder à l’emploi ». Le projet SWEED, qui a permis à plus de 2 millions de filles de rester scolarisées dans la région du Sahel avec un taux de rétention de 96%, et le PAAF en République démocratique du Congo illustrent la capacité des investissements ciblés à transformer des vies.

Selma Malika Haddadi, vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, a dressé un bilan sans concession. Cette diplomate algérienne de 47 ans, élue à ce poste en février 2025 avec 33 voix, a énuméré les obstacles : « Trop de filles sont obligées d’abandonner leur parcours : grossesses précoces, préjugés, pauvreté, les conflits armés, les changements climatiques, la fracture numérique… » Elle a lancé un appel pressant : « Il est temps de trouver des solutions concrètes », afin d’évoluer vers la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Enfin, Prosper Bazombanza, vice-président du Burundi, représentant le chef de l’État Évariste Ndayishimiye, a clôturé cette série d’interventions en rappelant la vision nationale : « Une fille éduquée contribue au développement économique de son pays. » Il a souligné que la « Vision Burundi 2040 » en a fait une priorité absolue.

Le cadre normatif : Agenda 2063 et Vision Burundi 2040

Cette conférence s’inscrit dans un cadre juridique et politique solide. L’Agenda 2063 : L’Afrique que nous voulons, adopté en 2015, consacre plusieurs aspirations directement liées à l’éducation des filles.

L’Aspiration 1 vise une « Afrique prospère, fondée sur une croissance inclusive et un développement durable », tandis que l’Aspiration 6 appelle à « une Afrique dont le développement est porté par les peuples, s’appuyant sur le potentiel des populations africaines, notamment les femmes et la jeunesse ». Parmi les objectifs prioritaires figurent l’élimination de toutes les barrières à l’éducation et à la santé de qualité pour les femmes et les filles d’ici 2020, ainsi que la pleine égalité des sexes dans toutes les sphères de la vie.

Du côté burundais, la Vision Burundi 2025 (ancêtre de la Vision 2040) prévoyait déjà « une politique volontariste de promotion de la femme, notamment à travers l’amélioration de son accès à l’éducation, sa participation politique et aux efforts de développement économique et social du pays ». La Première Dame du Burundi, Angeline Ndayishimiye, avait d’ailleurs rappelé en décembre 2024, lors du premier Forum national sur l’éducation des filles et des femmes, que la promotion de l’éducation des filles contribuerait à l’atteinte de la « Vision du Burundi comme pays émergent en 2040 et pays développé en 2060 ».

Un rendez-vous avec l’avenir

La PANCOGED 2, qui se tient en parfaite adéquation avec la première année de mise en œuvre de la Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique (CESA 2026-2035) et la Décennie de l’éducation de l’UA (2025-2034), a réuni quelque 300 à 600 acteurs multipartenaires. Ministres africains de l’éducation, chargés de la promotion du genre, membres du corps diplomatique accrédité et représentants de la société civile ont pris part à cet événement placé sous le signe de l’action.

Entre les hymnes, les poèmes et les plaidoyers, un message clair émerge : l’éducation des filles et des femmes n’est pas une option. C’est un impératif pour la transformation sociale et économique de l’Afrique. Comme l’a si bien martelé la jeune Irwacu Gaby Eliona : « Africa Educates her ! »

Sylvestre Tetchiada, Envoyé Spécial à Bujumbura

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Valery FOUNGBE