Sénégal: finance publique
Sonko met le G20 en garde contre la dette
Le Sénégal peut-il sortir de la crise de sa dette sans s’enfermer dans un processus international complexe ? Ousmane Sonko en est convaincu. Le chef du gouvernement conteste le recours au mécanisme soutenu par le G20, estimant que Dakar doit avant tout résoudre ses difficultés de trésorerie et réaménager ses échéances de remboursement.
Pour Sonko, le recours à ce dispositif soulève une question de fond : pourquoi faire du Sénégal le premier pays à expérimenter une initiative dont l’efficacité reste à démontrer ? Il considère que les créanciers n’étant pas disposés à réduire le montant de leurs créances, la priorité devrait être de réorganiser les remboursements plutôt que d’engager un processus de restructuration potentiellement long et incertain.
Un mécanisme international sous pression
Le Cadre commun du G20 a été conçu pour coordonner les négociations entre les pays en difficulté financière et leurs créanciers. Toutefois, les expériences antérieures, notamment celles de la Zambie et du Ghana, ont suscité des critiques en raison de la lenteur des discussions.
La situation sénégalaise présente des enjeux particuliers. En 2024, un audit a révélé des emprunts précédemment non déclarés, aggravant les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques. Dakar cherche depuis à restaurer la confiance de ses partenaires financiers et à obtenir un programme de financement de 2,2 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international.
Washington souhaite que le processus aboutisse en moins d’un an, tandis que les autorités sénégalaises visent un accord de principe avec leurs créanciers d’ici décembre.
Le risque d’un bras de fer politique
Au-delà des négociations financières, le dossier menace de devenir un point de friction entre les acteurs politiques sénégalais. Sonko a averti qu’une impasse pourrait compromettre l’adoption d’un important projet de loi de finances, rejetant par avance la responsabilité d’un éventuel blocage sur l’exécutif.
Cette posture souligne la difficulté de concilier les impératifs de financement, le respect des engagements envers les créanciers et la préservation des dépenses publiques indispensables à la croissance.
Pour Dakar, l’équation est délicate : rétablir la soutenabilité de la dette sans étouffer l’économie. L’issue des négociations dira si le mécanisme du G20 peut accélérer ce redressement ou s’il risque, au contraire, de prolonger les incertitudes financières et politiques.
Cir-Raoul HOUNGBEDJI








