Interview Exclusive / Vyn Lorenzo : « L’Afrique a un avenir très prometteur dans la mode »
Le mannequin Vyn Lorenzo explique dans cette interview exclusive son parcours dans la mode. Il y retrace ses moments de doute, de douleurs mais surtout de résilience. Il revient également sur son évolution récente et partage son regard de professionnel sur le développement de la mode en Afrique, tout en prodiguant des conseils à la nouvelle génération.
Vous êtes aujourd’hui à un tournant de votre carrière. Comment cela impacte-t-il votre trajectoire ?
J’ai toujours avancé à l’instinct, mais à ce stade de ma carrière, j’avais besoin de structure, de stratégie et d’une vision à long terme. J’ai ressenti le besoin de m’entourer différemment, avec des personnes capables de comprendre à la fois l’artistique et le business.
Aujourd’hui, je travaille avec une équipe qui me permet d’avoir une vision claire, ambitieuse et durable. On ne parle pas seulement d’image, mais aussi de contrôle, de cohérence et de projection sur le long terme. C’est un vrai changement de dimension, et cela me permet d’évoluer avec plus de liberté et de sérénité.
Parlant de votre carrière, pouvez-vous nous rappeler comment elle a débuté ?

Mon parcours est tout sauf classique. À la base, j’étais boxeur. J’ai grandi dans la discipline, la rigueur et cette motivation profonde de ne jamais abandonner. Puis la vie m’a mis à l’épreuve. Je me suis retrouvé dans une situation très compliquée et j’ai connu des moments très bas.
Mais je me suis battu pour m’en sortir. C’est quelque chose que ma mère m’a toujours inculqué : se relever, toujours. Un jour, un directeur de casting m’a repéré. Je ne correspondais pas aux standards traditionnels du mannequinat : trop de tatouages, une attitude brute, un style rock, un profil atypique. Mais c’est justement ce qui a suscité l’intérêt.
Mon côté rock’n’roll, un peu bad boy, a capté l’attention. Et c’est là que l’histoire a commencé.
J’ai ensuite signé avec certaines des plus grandes agences de mannequins au monde. J’ai été accompagné par des agents qui ont travaillé avec de véritables icônes et qui m’ont poussé à me dépasser. Tout s’est ensuite enchaîné naturellement :
- Égérie BoohooMAN pendant deux ans
- Campagnes pour Nike, Valette Studio, Saint Owen
- Éditoriaux et couvertures pour Vogue, Grazia, WWD
Récemment, j’ai eu l’honneur de défiler pour Maison Mihara Yasuhiro à la Fashion Week de Paris — et le soir même, j’étais en after-show au Lutetia Palace, en tant que DJ.

Quels ont été les grands moments lors de vos débuts ?
Il y en a plusieurs. D’abord, le moment où j’ai compris à quel point la vie peut basculer rapidement. Du jour au lendemain, tout peut changer. Ce contraste m’a profondément marqué et m’a appris à croire en mon destin.
Rendre fière ma famille a toujours été essentiel. Ma mère et ma sœur m’ont soutenu même quand je n’avais rien. Mon père, lui, m’a transmis la musique. Il me faisait écouter Elvis Presley, James Brown… Cela a façonné mon rapport au rythme, à l’attitude, à l’énergie.
Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir compris que tout ce que je fais aujourd’hui est lié à mes racines.
Du côté de mon père, il y avait la musique — mon grand-père était musicien.
Du côté de ma mère, il y avait la couture — mon grand-père maternel était couturier à l’Île Maurice, et ma mère aussi.
Sans le vouloir, j’ai fusionné ces deux mondes : la scène, le style, le son, l’image. Et j’en ai fait mon langage artistique.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant votre carrière ?
J’ai traversé des périodes difficiles, mais elles m’ont appris la résilience, la patience et le courage. Avec le recul, je suis fier de ce que j’ai accompli.
Ces épreuves m’ont forgé. Elles m’ont appris à garder la tête froide, à rester concentré et à avancer droit vers mes objectifs, même lorsque tout semblait aller dans le sens inverse.

Quel est votre regard sur la mode en Afrique et dans le monde ?
La mode en Afrique a un avenir extrêmement prometteur. Il y a une identité forte, une énergie authentique et un immense vivier de talents. Ce que je trouve particulièrement inspirant, c’est la richesse culturelle, l’importance de l’humain et de la musique dans les créations.
Je suis profondément attiré par la découverte des cultures à travers le monde, et l’Afrique fait clairement partie des territoires qui me touchent le plus, artistiquement et humainement.
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent suivre votre voie ?
Reste fidèle à qui tu es. Peu importe d’où tu viens ou ce que tu as traversé. Ce qui compte, c’est ce que tu crois en toi.
Tu peux venir de très loin et rencontrer des obstacles, mais tant que tu refuses d’abandonner, tu peux aller très loin. Entoure-toi de personnes sincères, protège ton énergie et ne cherche pas à rentrer dans des cases.
Ta différence est ta force.
Et même si personne ne croit en toi, tant que toi tu y crois, tu n’as besoin de l’approbation de personne. Ne laisse jamais personne éteindre tes rêves.
Et surtout… si moi j’ai pu le faire, alors chacun peut y arriver

Interview réalisée par Valery FOUNGBE








